Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
La Grande Fugue

1er mai 2016: De Viana do Castelo à Toronto

2 Mai 2016 , Rédigé par la-grande-fugue

Il est surprenant de réaliser à quel point, lors d'événements comme celui-ci, il est facile d'oublier qu'on est en présence de jeunes gens de partout à travers le monde.

Le dernier jour de la conférence, nous étions tous assis en petits groupes dans la cour de l'auberge, à partager notre point de vue sur l'injustice sociale et ses manifestations dans l'actualité internationale du moment. Entre chaque question, une étudiante allemande venait présenter les consignes, avec l'aide d'une jeune diplômée canadienne d'origine indienne. En un même endroit, plus d'une vingtaine de nationalités étaient représentées. Et pourtant, on avait l'impression de discuter avec de simples collègues, des amis.

Juste dans ma "tribu" (ces groupes de discussion parmi lesquels nous nous rassemblions régulièrement dans le courant de la conférence), nous étions 11, et nous venions de 10 pays différents. Il y avait Zach et Harmony, qui venaient tous deux des États-Unis, mais Harmony étudie à New York, alors que Zach étudie au Texas. Inès vient de la Tunisie, et Zaman, de l'Azerbaïdjan. Lovan vient de la Belgique, et Jessica, de Taïwan. Karen est originaire de Hong Kong, John de la Malaysie, tandis que Jakub/Kuba vient de la République Tchèque. Et Gurin, notre leader de groupe, vient de l'Inde.

C'est dans ce genre de situation qu'on réalise que les barrières interculturelles peuvent s'écrouler beaucoup plus facilement qu'on ne le pense. Quand on accueille la différence à bras ouverts, au lieu de la pointer du doigt, bien sûr.

---

Le matin du dernier jour, nous présentions à notre tribu ce que nous avions préparé en équipe de deux la veille, en lien avec le nouveau film de Captain America que nous étions allés voir au cinéma. Lova et moi avions demandé à passer en premier, question de ne pas avoir à stresser pour le reste de la matinée. (Et aussi parce que les questions directrices que nous avions préparées étaient assez simples, et nous avions peur qu'elles soient répétitives en comparaison avec celles des autres équipes.)

Ça a bien été. Il s'agissait surtout de diriger une discussion plutôt que de présenter quelque chose de formel. L'idée était de guider la conversation, sans pour autant la forcer vers une certaine direction. Une fois que ça avait été fait, on a pu profiter des "présentations" des autres.

Kuba n'était pas venu voir le film avec nous la veille, car il devait soumettre un gros projet d'école ce soir-là. Il avait donc comme devoir de préparer une petite présentation sur son projet, puisqu'il ne pouvait pas présenter sur le film. Son projet portait sur le marketing digital, et plus particulièrement sur la création de vidéo professionnel.

Il nous a montré ce vidéo pour donner un exemple de marketing digital réussi, alors évidemment, ça a rejoint mes intérêts.

Je pensais naïvement que c'était là le plus gros devoir que nous aurions à faire dans le courant de la conférence, mais du moment que les présentations en paires étaient terminées, tous les délégués ont été rassemblés dans la cour extérieure, et on nous a annoncé que nous aurions une autre présentation à faire en après-midi, cette fois en tribu, devant tous les délégués de la conférence. Six tribus, environ 10 personnes par tribu. Pour le sujet de la présentation, nous devions combiner la qualité associée à notre tribu (sagesse, justice, courage, modération, transcendance, humanité), avec un sujet en lien avec AIESEC (le modèle de développement du leadership, les valeurs de l'organisation, etc.) et un film / jeu vidéo / émission de télé (Mario bros, Trouver Némo, Star Wars, Avengers, Shtroumpfs, angry birds). Ces deux derniers éléments étaient attribués au hasard.

Notre tribu s'est donc retrouvée à devoir préparer une activité de 20 minutes sur le "inner / outer journey" d'AIESEC (la théorie du processus de développement d'un membre de l'organisation), en intégrant les thèmes de la sagesse et de Trouver Némo. On s'est entendu sur le déroulement de l'activité assez rapidement, on a pu profiter de notre dîner sans trop s'en faire.

Nous commencions par une mise en scène du résumé du film, avec Inès comme narratrice. Elle est poète à ses heures, alors elle nous avait rédigé un texte qui rimait, et qui racontait l'histoire en moins d'une minute. Pendant ce temps, des membres de l'équipe mimaient l'histoire. Némo était joué par Zach, qui, en raison d'un accident de planche à roulette datant d'avant la conférence, représentait bien le jeune poisson à la nageoire atrophiée avec son plâtre et ses béquilles.

Ensuite, on lançait une discussion basée sur une analogie inspirée de l'histoire. La participation des délégués étaient bonne, et ils ont tous grandement apprécié le micro en papier que Lova et moi avons fabriqué la veille. Ça ajoutait de l'humour aux moments de partage, et ça permettait des "mic drop" sans de risques de bris. En général, ça a bien été!

Après l'activité, des délégués sont venus me dire que je parlais bien en public, que j'avais une voix calme et posée. Ça m'a touchée.

En tout cas, jusqu'à ce que Nakul, originaire de l'Inde et nouveau Vice-Président des ressources humaines aux États-Unis, vienne me dire que j'avais une voix... cynique. Son commentaire m'a fait rire, ce n'était pas l'adjectif que j'avais l'habitude d'entendre. N'étant pas certaine de la connotation de la remarque (était-ce un compliment ou une insulte?), je lui ai demandé d'élaborer. "Ben tsé, cynique... comme une espionne russe venue pour tous nous assassiner."

Ah ben oui. Évidemment. Tsé.

"... Merci?"

Je ne sais toujours pas si c'était censé être positif.

---

Chaque tribu avait préparé des activités très différentes les unes des autres. Certaines étaient plus orientées vers la discussion, d'autres étaient plus actives.

La tribu "humanité" avait décidé de présenter son message de façon très "hands on". Sans fournir d'explications, ils ont demandé à chaque tribu d'envoyer son délégué le plus bavard. À ma grande surprise, j'ai été nominée. (Il faut croire que mon groupe était particulièrement tranquille, si c'est moi qui s'est révélée prendre le lead si souvent. La tribu "sagesse" est très songeuse, pas trop jasante.)

Bref, je me suis retrouvée à aller représenter mon groupe à l'avant. Chaque représentant s'est fait remettre un toutou de angry birds, ainsi que quelques consignes:

- Personne d'autre que la personne initialement désignée ne peut tenir le toutou dans ses mains;

- Chaque tribu doit trouver un moyen d'élever son toutou le plus haut possible, sans se parler.

C'est ainsi que je me suis retrouvée catapultée dans un arbre par les membres de mon équipe, et peu après coincée entre deux branches, alors que mes coéquipiers m'adressaient des gestes impatients, me demandant silencieusement de grimper plus haut. De mon côté, c'était impossible. J'étais coincée, je n'avais aucun pogne, aucune surface pour m'appuyer et me redresser.

Éventuellement, voyant que je n'arrivais pas à bouger (et que je commençais de plus en plus à ignorer la règle du silence en insultant tout le monde à proximité pour m'avoir mise dans cette position), ils m'ont tendu l'une des béquilles de Zach. Non pas pour m'aider à descendre, mais pour que je coince le toutou entre deux barres de métal, et que je la tienne à bout de bras dans les airs, afin que le toutou soit le plus haut possible.

On n'a pas gagné. La tribu "courage", avec Hendrik d'Allemagne comme grimpeur, a remporté la compétition. Derrière tout ça, il y avait une morale sur l'importance de prendre soin du grimpeur et de sa sécurité, puisque la tribu en charge de l'activité était la tribu "humanité". J'en ai surtout retiré des égratignures sur les mains, de l'écorce sur mon linge, et des fourmis dans le nez.

1er mai 2016: De Viana do Castelo à Toronto

---

À la fin de la journée, l'organisateur principal de la conférence (et ancien Président d'AIESEC International), Dey Dos, a passé près de 2 heures à expliquer aux délégués les différents éléments à considérer lors de la facilitation de conférence et des séances de coaching. Avec toutes ses années d'expérience et son style de présentation très coloré (c'est probablement l'une des rares personnes qui puisse se permettre de parler si vulgairement sans offenser son public), c'était très intéressant. C'était beaucoup d'informations, mais toutes vraiment intéressantes. (J'aurais dû prendre plus de notes.)

Quand sa présentation a pris fin, il était temps de souper. Cette fois, nous avons mangé au restaurant. On a bien mangé: du poisson et de la salade de patates, absolument délicieux, surtout dans l'état de famine dans lequel nous étions! Nous avons aussi bien bu. De la sangria en pichet à seulement 4 euros, c'est dangereux!

Après le souper, c'était la fermeture de la conférence. Un peu plus tôt dans la journée, lors de l'une des activités organisées par une tribu, les délégués avaient noté sur des morceaux de papier les préoccupations qu'ils avaient et dont ils voulaient se débarrasser. À la fermeture, on a donc fait un feu de joie avec. Puis, chaque tribu a reçu deux bouteilles de vin, et on est allé clore l'expérience de la conférence... en buvant!

On a bu, on a écouté de la musique. Certains ont commencé à s'endormir. Les autres ont commencé à chanter les paroles des chansons qui jouaient. D'autres personnes se sont endormies. Vers la fin, tout le monde dormait, à part moi et deux autres. Les deux autres sont éventuellement sortis pour aller voir ce qui se passait dans les autres pièces. De mon côté, Kuba s'était pratiquement endormi SUR moi (ne me demandez pas comment, je ne sais pas), alors j'étais un peu prise au piège.

Après un certain temps, John est venu m'aider à le bouger, et j'ai profité de ma liberté pour aller refaire mes valises, prendre ma douche, et me préparer pour mon voyagement du lendemain.

Avec tout ça, je me suis couchée vers 3h du matin.

---

Au réveil, le lendemain (1er mai), j'étais complètement déshydratée. Je voulais me lever vers 8h, j'ai échoué misérablement. Je n'avais pas bu tant d'alcool la veille, comparativement à d'autres, mais apparemment, ça fessait fort.

Je me suis levée à 8h30. Heureusement, j'avais déjà fait mes valises. J'ai juste eu à m'habiller et descendre déjeuner. Il y avait environ 2-3 personnes déjà levées, le reste était toujours dans le coma. Deux ou trois autres personnes nous ont rejoint dans le courant du déjeuner, sans plus.

Fabio, un Brésilien qui étudie présentement en Espagne, est passé nous dire aurevoir avant de quitter. En me serrant dans ses bras, il a froncé les sourcils, pour ensuite me dire que j'étais plus petite que j'en avais l'air. C'est comique, c'est normalement le genre de commentaire que je reçois de gens avec qui je travaille virtuellement. Sur un écran d'ordinateur, on ne perçoit pas toujours bien les proportions de l'autre personne. Mais Fabio m'avait côtoyé en "vrai" toute la conférence, juste jamais d'aussi près. Je me suis dit que j'allais prendre ça comme un compliment: je devais dégager assez de confiance et de présence pour paraître plus grande.

Vers 9h20, je suis montée me préparer. Je voulais prendre le train de retour vers Porto à 10h15, ce qui voulait dire que je devais partir à 9h30, pour être certaine d'avoir le temps de marcher jusqu'à la gare avec tous mes bagages et acheter mon billet. Finalement, au moment de partir, j'ai croisé Cherry, de l'Angleterre, avec qui j'étais en équipe pour le souper où nous avions dû nourrir l'autre avec les mains (... une histoire que j'ai d'ailleurs oublié de raconter précédemment; oups). Elle allait prendre le même train, et elle venait d'appeler un taxi pour se rendre à la gare, alors je suis montée avec elle.

À la gare, nous avons recroisé Fabio, qui prenait aussi le même train que nous. Carson, l'assistant organisateur originaire du Canada (qui avait été Président d'AIESEC Laurier en 2011 et 2012; je le connaissais de nom depuis longtemps, mais cette conférence était la première fois que je le rencontrais pour de vrai), s'est aussi pointé peu avant le passage du train. Non seulement il prenait le même train, mais il s'est avéré que lui et moi étions dans le même vol de retour à Toronto, à 15h50.

Puisque, à deux, nous allions pouvoir nous partager un taxi vers l'aéroport une fois à Porto, ce qui serait plus rapide que le métro, nous pouvions nous permettre de nous promener un peu dans le centre de Porto avant de s'y rendre. Avec les valises, c'était pas évident, mais on s'est baladé un peu quand même. On a mangé des pâtisseries d'un petit café qui avait été recommandé à Carson par Joao, l'un des hôtes de la conférence, et originaire de Porto. On a marché dans les rues tranquillement, jusqu'à une église, qu'on a visitée rapidement. Puis, on est parti à la recherche d'un taxi.

Ça s'est révélé moins simple que prévu. On a appris que c'était une fête spéciale pour les étudiants, que beaucoup de rues étaient bloquées dans le centre, et qu'appeler un taxi était donc impossible. On commençait à être dernière minute pour prendre le métro, alors on a tenté d'attraper un taxi dans les rues directement. Ça a pris du temps, mais on a été chanceux, on en a trouvé un juste comme on s'apprêtait à abandonner.

Carson avait déjà fait son check in en ligne, mais pas moi. Le système ne marchait pas quand j'avais essayé. En arrivant à l'aéroport, je suis tout de suite allée faire la file au comptoir d'enregistrement, en me disant qu'après, on pourrait aller manger quelque chose, remplir nos bouteilles d'eau, et se reposer un peu. Je commençais à être sérieusement déshydratée, malgré les verres d'eau du matin.

L'enregistrement a pris 45 minutes. J'ai malheureusement choisi la file qui se faisait couper chaque fois qu'un passager prioritaire arrivait, et l'employée au comptoir avait aussi beaucoup de choses à gérer en même temps: parler au téléphone, parler à sa voisine, aller aux toilettes, jaser avec des passagers qu'elle connaissait. Ah, ouais, et enregistrer les passagers dans la file. Ça aussi, parfois.

Pendant ce temps, la file d'à côté avançait super vite. Quand j'ai finalement eu mon billet, Carson a réalisé qu'il devait aussi aller faire imprimer son billet au comptoir, même s'il avait fait son check-in en ligne. Ça lui a pris un gros 10 minutes à faire la file, et c'était réglé. Il n'y a pas de justice en ce monde.

---

Après avoir rempli ma bouteille d'eau et mangé un petit quelque chose, ça allait mieux. J'ai passé le vol à dormir, manger et boire. Ça allait de mieux en mieux.

Mais en arrivant à Toronto, huit heures plus tard, j'avais le nez et les oreilles bouchées. J'allais probablement avoir un petit rhume pour quelques jours.

À l'aéroport, j'ai perdu Carson de vue, puisque nous n'avions pas des sièges proches l'un de l'autre, et nous étions sortis de l'avion à des moments différents. On s'est croisé aux douanes, mais on s'est reperdu pour de bon après ça. J'ai dû entreprendre le trajet de bus et de métro vers Scarborough sans dire aurevoir.

Maintenant qu'une conférence était terminée, une autre commençait. L'hôtel de la 2e conférence était loin de l'aéroport, ça m'a pris 1 heure et 45 minutes pour me rendre. Malgré l'atterissage à 19h, je suis arrivée à l'hôtel à 21h30. J'ai fait une petite sieste, mais j'ai dû me réveiller à minuit pour un meeting, qui était si tard en raison de l'arrivée tardive de certains membres de l'équipe. En me réveillant de ma sieste, je me sentais définitivement malade.

Les prochains jours allaient être rough.

---

En rétrospective, cette première conférence était une expérience vraiment surprenante, mais aussi très constructive. C'était beaucoup plus d'activités interactives, d'analogies et de réflexion personnelle que je ne l'aurais cru, mais en bout de ligne, l'impact était là. En fait, chacun y retire un peu ce dont il a besoin. Je vais avoir besoin de continuer de repenser à tout ce qui s'est passé pour vraiment absorber toutes les leçons que j'en retiens.

Mais en attendant, il était temps de se préparer pour la deuxième conférence.

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article