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La Grande Fugue

23-25 août 2015: De Cusco à Machu Picchu, Partie I

7 Septembre 2015 , Rédigé par la-grande-fugue

Il y a près de trois mois, lors de l'anniversaire de mon ami Rishabh, j'ai discuté avec mon amie Anne-Marie, que je connais depuis que nous avons travaillé au sein de la même équipe exécutive en 2013, chez AIESEC. Elle a beaucoup voyagé, et lorsque je lui ai parlé de mon voyage au Pérou qui s'annonçait, elle m'a offert des recommandations:

"Caro, il faut que tu fasses le trek Salkantay, vers Machu Picchu. C'est cinq jours, c'est reconnu comme l'un des meilleurs parcours de hiking au monde, c'est malade."

J'en ai pris bonne note.

Initialement, je devais commencer mon stage à Piura le 20 juillet, et finir le 29 août, ce qui voulait dire que, si je voulais voyager à Machu Pichu, il fallait que je le fasse avant le stage, car je recommençais l'école et le travail dans la semaine du 31 août. En juin, j'ai tenté de magasiner pour un Salkantay Trek dans la semaine avant mon stage, mais je ne trouvais rien en bas de 400-500 dollars US, ce qui me déprimait un peu. J'ai entendu dire qu'il était possible de réserver ce genre de visite guidée en arrivant, et pour beaucoup moins cher (200-250 dollars US), mais ça me paraissait risqué, considérant que je n'avais pas beaucoup de marge de manœuvre si tout était déjà complet à mon arrivée. C'était la seule semaine où je pouvais.

Finalement, en discutant avec les responsables du stage, je me suis entendue pour commencer le 13 juillet, et finir aux alentours du 21 août, ce qui me laissait une semaine à la fin (plutôt qu'au début) pour voyager. Ça me laisserait donc du temps pour planifier mon excursion à Machu Picchu, et peut-être même allais-je rencontrer quelqu'un pendant le stage qui irait à Cusco en même temps que moi. (Ce qui a effectivement été le cas.)

C'est ainsi que je les choses en sont venues à se dérouler dans cet ordre.

À mon arrivée à Cusco, je n'avais encore rien réservé, mais j'étais confiante de pouvoir trouver quelque chose. Au Canada, lors de mes recherches Google, je ne voyais passer que des avertissements sur le fait que tout se faisait réserver très rapidement, et qu'il fallait donc réserver d'avance (à des prix orbitants), mais après six semaines au Pérou, je savais qu'il était très possible de s'y prendre dernière minute.

Lorsque Nelson et son amie Ariel sont arrivés à Cusco, un peu après moi, nous avons regardé les prix de l'agence de voyage située dans notre auberge, et les prix étaient pas mal plus décents que ce que nous avions vu en ligne.

Nous n'avons pas réservé le trek Salkantay, car c'est cinq jours, et Ariel prenait l'avion le samedi 29 août. Pour que ça marche, il aurait fallu commencer le trek directement le lendemain de notre arrivée à Cusco, ce qui n'est pas recommandé (il faut d'abord s'habituer un peu à l'oxygène plus limité en altitude, puisque Cusco est dans les montagnes), et puis Natalie venait nous rejoindre le lendemain, ça aurait été bête de se pousser avant. On a donc opté pour un autre parcours, de 4 jours, et qui incluait des activités plus variées que du simple trekking: du vélo, du rafting, du zip lining, du trekking, et bien sûr une visite de Machu Picchu à la fin. Ça sonnait assez excitant, j'ai été vendue assez rapidement.

Et pour 229$ US, ça avait pas mal plus d'allure que tout ce qu'on avait vu sur internet.

Bon, en réalité, j'ai payé plus que ça. Parce que j'ai payé visa (qui traîne 800 soles sur soi?), il y avait des frais additionnels de 8%, donc j'ai payé environ 250$. Il aurait probablement été plus avantageux de retirer de l'argent au guichet de l'auberge, les frais pour retirer sont ridicules, mais quand même un peu moindres que ce que j'ai payé en frais de carte de crédit. J'ai pas réalisé assez vite.

Ensuite, certaines activités n'étaient pas incluses, sous prétextes qu'elles sont optionnelles. Mais tsé, on va tu vraiment passer à côté du rafting ou du zip lining? Il n'y pas vraiment d'intérêt à se tourner les pouces pendant que le reste du groupe s'amuse, à mon avis.

J'ai donc payé environ 300$ en bout de ligne. Mais malgré ces frais qui se sont ajoutés, ça demeurait bien mieux que les frais sur internet.

(En magasinant plus longtemps dans les rues de Cusco, on aurait sûrement pu trouver mieux. Mais réserver à l'auberge rendait les choses plus simples. On se faisait ramasser à l'auberge directement, on pouvait laisser nos bagages inutiles dans les espaces de rangement sécuritaires de l'établissement en notre absence, etc. Et puis, on entend toutes sortes d'histoires d'horreur sur les agences un peu louches dans les rues, qui ne sont pas toujours fiables. Je suis juste contente de ne pas avoir payé entre 400 et 500$ US. En dollars canadiens, c'est douloureux.)

Mon amie Maria, qui a visité Machu Picchu en trombe, n'ayant que très peu de temps pour le faire, a payé pas loin de 275$ US, mais pour une visite d'une journée. Quand on est pressé, on paie cher. Le train (l'option la plus rapide pour se rendre à Machu Picchu) est une trappe à touriste monumentale, à 70$ pour l'aller, et 70$ au retour. L'entrée elle-même à Machu Picchu n'est pas donnée non plus, et il y a un seul restaurant sur le site, qui vend des repas à 40$. (C'est ça, l'absence de compétition.)

Tout le monde veut voir Machu Picchu, alors ils en profitent à fond. Que veux-tu que les touristes fassent? Se plaindre? Quand ta seule alternative est de ne pas y aller... Tu t'y faies et tu paies.

Bref, 300$ pour 4 jours, incluant l'entrée à Machu Picchu, la plupart des repas (sauf le dîner à Machu Picchu), l'hébergement, le guide, le transport entre les activités, etc., c'est pas mal.

Pour une expérience aussi mémorable, je suis sans regret.

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Le parcours s'appelle Inca Jungle. Nous avons réservé notre départ pour mardi matin, et si Natalie voulait toujours se joindre à nous à son arrivée lundi, elle pouvait s'inscrire à ce moment-là.

Ça nous laissait une journée pour nous acclimater un peu avant le grand départ, et visiter Cusco.

Nelson et Ariel voulaient visiter une liste d'endroits un peu à l'extérieur de Cusco, mais il s'est avéré que ça ne se fait pas en une seule journée. L'agence de l'auberge offrait quatre visites de groupe, chacune d'une journée entière, vers différents sites. Les sites sur notre liste correspondaient à deux journées entières. Nous nous sommes donc résignés à n'en visiter que la moitié.

C'est alors que la dame de l'agence nous a expliqué qu'il est impossible de payer les frais d'une visite d'un jour seulement. On peut seulement payer 70 soles pour deux jours, ou 130 soles pour quatre jours. Si on veut une seule visite d'un jour, on doit quand même payer 70 soles. Un peu pas mal niaiseux. Mais c'est la business touristique.

Finalement, on trouvait ça trop cher, considérant que nous n'avions pas deux jours d'affilée à notre disposition. On a donc opté pour une simple visite de la ville de Cusco.

À 10:30 lundi matin, nous avons participé à une visite guidée à pied gratuite de Cusco, de la compagnie Free Walking Tour, comme celle que j'avais faite à Lima en juillet. Tout comme à Lima, le site web nous mettait en garde contre une autre compagnie qui se faisait passer pour eux, en portant des vestes presque identiques. Ils attrapent des touristes qui pensent que c'est la bonne compagnie, ils leur offrent une visite gratuite d'environ une heure (moins de la moitié de la vraie visite), et les emmènent ensuite à leur agence pour leur vendre d'autres visites, cette fois payantes.

Sur le lieu de rencontre, nous avons effectivement vu l'un de ces imposteurs. Il portait un sac à dos pour camoufler l'absence du bon logo dans son dos. Par chance, j'avais vu en ligne les photos des guides engagés par la bonne compagnie, et j'ai reconnu la fille qui se tenait un peu plus loin, avec quelques touristes. Je suis allée vers elle et j'ai vérifié qu'elle avait le bon logo dans le dos. Tout était beau!

En deux heures et demie, nous avons fait le tour du centre de Cusco. Nous avons visité le musée du café, un nouveau musée où nous avons pu goûter à du bon café péruvien gratuitement. (Ça a fait du bien, après m'être fait servir des mixtures caféïnées un peu louches à plusieurs reprises dans le courant de mon voyage, je commençais à me demander d'où venait la réputation du Pérou comme grand producteur de café. Évidemment, le vrai bon café péruvien est principalement exporté, et les Péruviens n'en bénéficient pas tout le temps.)

23-25 août 2015: De Cusco à Machu Picchu, Partie I

Nous avons exploré plusieurs petites rues portant encore les traces de l'architecture Inca. Beaucoup de civilisations ont tenté de construire par-dessus les bases incas, mais les tremblements de terre ont toujours tout jeté à terre. Les murs incas, eux, restent toujours. C'est un peuple qui a su maîtriser l'art de la pierre comme personne, et même aujourd'hui, on n'arrive pas à reproduire ce qu'ils ont fait. Aucun mortier n'est nécessaire pour tenir les pierres ensemble, chaque pièce s'emboîte à la perfection, et l'inclination pyramidale est ce qui rend leurs structures si solides, puisqu'elle empêche les murs de s'effondrer. Les murs se supportent les uns les autres.

C'est grâce à cette impressionante maîtrise des matériaux que nous pouvons encore trouver des murs incas un peu partout à travers la ville.

23-25 août 2015: De Cusco à Machu Picchu, Partie I

Nous avons visité quelques marchés, et en avons appris davantage sur l'histoire de la ville de Cusco, cette ville que les Incas voyaient comme le centre du monde, la ville la plus importante qui soit.

Ailleurs au Pérou, je me sentais toujours très observée. Ne portant pas les traits typiques d'une Péruvienne, j'attirais l'attention. Mais à Cusco, il y a tellement de touristes, on se fond dans la masse. Et pourtant, je n'ai pas senti que la ville était ternie par cette forte présence touristique. D'une certaine façon, elle arrivait à conserver un certain niveau d'authenticité, qui la rendait bien plus charmante que la plupart des villes que j'ai visitées dans le courant de mon voyage. (À tout le moins, pas mal plus charmante que Lima, cette ville devenue trop moderne, trop vite. Sale et dangereuse, avec des bulles de micro-communautés sécuritaires, où se cachent les touristes, à l'abris du “vrai monde” péruvien, le temps de leur voyage.)

Je me sentais en sécurité à Cusco, on ne sentait pas un fort taux de criminalité. C'était rafraîchissant. Je me sentais plus à l'aise qu'à Piura, où j'ai pourtant vécu pendant six semaines.

Nous avons terminé la visite dans un restaurant, où nous avons goûté à du ceviche. Évidemment, ce n'était pas ma première fois, mais le ceviche était délicieux. Ce qui est surprenant, considérant que nous étions loin de la côte. La guide nous a assuré que le propriétaire du restaurant avait de très bons contacts avec la côte, ce qui lui permettait d'obtenir du poisson frais en tout temps.

Nelson, Ariel et moi ne nous sommes toutefois pas arrêtés là pour manger. N'ayant pas très faim, nous avons laissé notre pourboire à la guide, puis nous avons poursuivi notre chemin vers Qorikancha, un ancien temple inca, et ensuite vers un grand marché artisanal un peu plus loin.

23-25 août 2015: De Cusco à Machu Picchu, Partie I

En milieu d'après-midi, je sentais que je devais manger quelque chose pour ne pas m'effondrer. J'ai donc acheté une empanada en chemin, et Ariel a fait de même. Nelson ne se sentait pas très bien, il n'a donc rien mangé. (Je me permets d'émettre la théorie que, s'il se sentait comme de la merde en soirée, c'est probablement plus faute d'avoir mangé, qu'à cause du mal de coeur qu'il a commencé à ressentir en après-midi. Mais bon, je ne suis pas docteure, hein.)

Notre billet de Qorikancha nous donnait aussi accès à un monastère, que nous avons visité, avant de finalement rentrer à l'auberge.

Natalie nous y attendait, elle était enfin arrivée, après 22 heures de bus. C'était les retrouvailles, on a jasé pendant un moment. Le guide de notre trek qui commençait le lendemain devait venir nous rencontrer à 17h pour nous faire un petit briefing, alors Natalie en a profité pour tenter de s'inscrire pendant qu'on l'attendait.

Malheureusement, elle n'en a pas été capable. Elle n'avait pas assez d'argent cash sur elle (ce qui est normal, c'est un gros montant), elle n'avait pas de carte de crédit visa (et c'est le seul type de crédit qu'ils acceptent), et le guichet automatique refusait d'accepter sa carte de débit. Elle a été incapable de s'inscrire.

Après qu'elle ait fait toute cette route pour nous rejoindre, il me paraissait impensable de la laisser derrière. J'essayais de lui proposer des solutions, mais elle m'a assuré que c'était correct: elle avait un ami à Cusco, elle visiterait la ville avec lui, et lorsqu'elle aurait de nouveau accès à son compte, elle s'inscrirait à une autre visite guidée, ou irait directement à Machu Picchu.

Eh ben flûte.

Le guide est arrivée en retard (je ne sais pas pourquoi je ne m'y étais pas attendue), il est passé nous voir à l'auberge vers 17h45. Il nous a expliqué quoi apporter, et à quoi s'attendre pour chaque journée. Puis, il est parti, il avait deux autres auberges à visiter ce soir-là, en prévision du départ du lendemain.

On a fait nos sacs, et on ne s'est pas couchés trop tard.

(Trente minutes avant de me coucher, j'ai réalisé que la transaction d'autobus Trujillo-Piura, ce trajet qui avait été si difficile à réserver la fin de semaine d'avant, surtout pour Maria, avait été chargée deux fois dans mon compte. Je n'avais pas le temps de gérer ça avant de partir pour le trek, j'allais avoir ça dans la tête pendant les prochains jours... Merde.)

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JOUR 1

Départ à 5:30 am

Je me suis levée vers 5h10. Par chance, j'avais déjà laissé mes surplus de bagages dans la salle à bagages la veille, avant d'aller dormir. J'ai juste eu à m'habiller, placer mes objets de valeur dans un petit casier à la réception, et laisser ma clé en sortant.

Le chauffeur qui venait nous chercher était un peu en retard. Là encore, pas trop de surprise. Juste un peu d'irritation.

On devait passer chercher du monde à deux autres endroits, et ensuite on allait déjeuner tous ensemble, avant de partir pour de vrai. On a ramassé trois Allemands, puis une Australienne.

C'est impressionnant la quantité d'Allemands que j'ai croisés au Pérou depuis mon arrivée. C'est à se demander ce qui les attire tous ici. Angela, l'Autrichienne de notre groupe de stage, avait eu de nombreuses opportunités de parler allemand lors de nos excursions de fin de semaine. Elle-même se demandait comment nous pouvions en croiser autant.

Mes amis américains me disent qu'ils ont croisé beaucoup de Canadiens aussi. Ironiquement, je n'en ai pas beaucoup vus, mais j'ai croisé beaucoup d'Américains.

Bref, vers 6h, nous avons débarqué dans un petit restaurant ouvert juste pour nous, et nous avons déjeuné. Les trois Allemands se sont assis ensemble, pendant que Nelson, Ariel et moi étions à une autre. L'Australienne voyageait seule, je lui ai proposé de s'asseoir avec nous. Nous avons discuté un peu, malgré la fatigue. (Il était à peine 6h, après tout.) Elle s'appelle Emma, elle a 30 ans. Elle était designer intérieure, mais a un jour décidé de quitter son emploi pour partir à l'aventure. Elle voyage depuis maintenant six mois, n'a pas de date de retour. Elle compte être au Canada en novembre, pour la saison de ski. D'ici là, elle n'a pas d'itinéraire précis.

On rencontre plein de gens vraiment intéressants, en voyageant.

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Après le déjeuner, nous avons pris la route pendant environ trois heures, avec une pause au milieu pour acheter des snacks et autres trucs de dernière minute. J'ai acheté une bouteille d'eau, des biscuits, des bateries pour ma lampe de poche (je ne me souvenais plus si ça prenait des AA ou des AAA, alors j'en ai pris des deux), et des mouchoirs en guise de papier de toilette (parce qu'il n'y en a nulle part). Ça m'a coûté 28 soles. Je ne sais pas combien a coûté chaque item, mais je sais que ça n'aurait pas dû coûter autant pour seulement ça.

Mais au milieu de nulle part comme ça, ils ont un peu le monopole, ils peuvent bien faire ce qu'ils veulent.

Il était environ 8h30, et il commençait à faire soleil et chaud. On en a profité un peu, avant de devoir rembarquer pour la dernière heure et demie du trajet.

Nous sommes arrivés au point de départ vers 10h. Il faisait pas mal plus froid, nous étions au sommet d'une montagne. On nous a remis notre équipement de vélo: un casque, un genre de plastron qui protège la poitrine et les coudes, une petite veste et des gants. On nous a brièvement expliqué la procédure, et c'était parti.

23-25 août 2015: De Cusco à Machu Picchu, Partie I

Environ deux heures et demie de vélo, toujours en pente descendante. C'est considéré facile, vu que ça descend, et donc ça demande moins d'efforts. J'ai quand même trouvé le tour de toujours être loin derrière. C'était une route aussi utilisée par les voitures, avec énormément de virages abrupts. Et ça allait vite, avec la gravité. J'ai eu les doigts sur les freins tout le long. J'ai pas trippé.

À un moment donné, Nelson et Ariel ont freiné un peu abruptement. J'ai freiné aussi, mais j'ai perdu le contrôle du vélo. Ça spinnait dans ma tête, j'ai vu le scénario-catastrophe se dérouler: le vélo, hors de contrôle, qui se dirige droit vers le petit espace entre la clotûre et la pile de terre au bord de la route. Un petit espace qui donne sur le vide, et mène vers une loooooongue chute vers la base de la montagne.

Évidemment, c'est pas ça qui est arrivé. Il aurait vraiment fallu que je me laisse aller complètement, sans freiner, pour me rendre jusque là. (Et encore là, même si la présence d'un espace sans clôture me parait absolument ridicule et dangereux, je me serais sans doute pognée dans la clôture, et ça m'aurait fait mal, mais ça m'aurait arrêtée.)

Bref, j'ai freiné dur, ça a arrêté. Le coup ne m'a pas jetée hors de mon vélo, mais ça m'a fait débarquer de mon siège et des pédales. Mes pieds se sont posés à terre, et la pédale, encore dans son élan est venue se loger droit dans mon mollet.

Ouch.

Mais bon, le chauffeur de la camionnette de l'agence, qui était juste derrière moi parce que j'étais la dernière, avait la tête passée par la fenêtre et me disait quelque chose que je ne comprenais pas. J'ai ri nerveusement et repris mon chemin. Ça allait faire un énorme bleu, mais je pouvais encore avancer. (Et avec l'adrénaline, je ne le sentais pas vraiment.)

On a fait quelques pauses en chemin, j'arrivais à retrouver un rythme cardiaque normal à ces moments-là. Au début, Nelson et Ariel allaient aussi lentement que moi, mais il s'est avéré que c'était parce qu'Ariel avait perdu un verre de contact. Lorsqu'elle a mis ses lunettes, j'étais officiellement la plus lente. Pendant un moment, entre deux pauses, j'étais devant eux, alors je les gardais en hôtage derrière moi, à mon rythme, mais après la dernière pause, tout le monde s'est sauvé pendant que j'étais aux toilettes (sauf le guide, bien sûr), alors j'ai pas eu le choix de traîner derrière.

C'est probablement dans ce bout-là où j'ai eu le plus de fun. J'allais à mon rythme, je ne me laissais plus influencer par celui des autres, et je commençais à devenir plus confiante. Je profitais un peu plus du paysage. Il faisait moins froid (mes doigts et orteils gelaient au début).

Après 10-15 minutes à me sentir bien, j'ai commencé à stresser. Allais-je identifier le point d'arrêt? Allaient-ils être visibles? Je ne voyais pas la camionnette du guide derrière moi (ils paquetaient quelques trucs quand j'étais partie), était-ce normal?

Après un moment, la camionnette m'a finalement dépassée. Dans un sens, ça m'a rassurée: j'étais encore sur le bon chemin. Dans un autre sens, ça m'a inquiétée: mettons que je tombais et que je me faisais mal, il n'y aurait plus personne derrière moi pour me trouver!

Finalement, nous étions proches de la fin, la camionnette m'avait dépassée pour aller arrêter les autres. J'ai réussi à rattraper Nelson et Ariel avant la fin, ça m'a un peu rassurée sur mes habiletés.

En tout, j'ai probablement passé deux heures à stresser, et la dernière demi-heure à avoir du fun. J'aurais été prête à continuer, rendu là!

En l'espace d'un avant-midi, nous étions passées de températures frigorifiantes à une température tropicale. À la fin, les gilets s'enlevaient, et la crème glacée était de mise. (Autant pour se rafraîchir que se récompenser.

Ils ont monté les vélo sur le toit de la camionnette, et ils nous ont reconduit jusque là où nous allions dîner. Nous mourions de faim. Le déjeuner remontait à loin.

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Pour dîner: du ceviche! Emma et moi étions sceptiques, nous étions loin de la mer, et dans un restaurant moins haut de gamme que ce que j'avais vu la veille à Cusco. Pouvait-on faire confiance au poisson cru?

Finalement, le poisson était cuit. Du ceviche avec du poisson cuit, ça va un peu à l'encontre du principe du ceviche, mais c'était pas mauvais. Il y avait aussi de la soupe, et des pâtes. On se servait nous-même. J'ai pas mal mangé, j'en avais besoin.

Nelson et Ariel discutaient entre eux dans leur langue, à leur bout de la table. Emma et moi avons parlé avec les Allemands, qui sont en fait composés d'un couple et d'un ami qui est venu les rejoindre après sa session d'étude. On a partagé nos parcours, en attendant qu'il soit de nouveau temps de partir.

En après-midi, nous faisions du rafting. L'activité n'était pas incluse dans le prix que nous avions payé, car elle est théoriquement facultative. Mais tsé, qui va dire “Non, ça me tente pas. Je vais attendre ici pendant deux heures, le temps que vous reveniez.” Pfft.

On l'a tous fait. Je n'ai malheureusement pas de photos, car on a tout laissé au restaurant. Je ne voulais pas risquer de briser mon appareil. (Plus tard, j'ai vu que j'aurais pu l'amener et le laisser dans la voiture, afin d'avoir des photos avant et après, mais je ne savais pas qu'il y aurait cette possibilité. Je n'ai pas pris de chance.)

Je pensais que le risque de se faire mouiller était élevé, mais je ne m'attendais pas à revenir détrempée de la tête aux pieds. Les vagues étaient assez grandes pour nous mouiller jusqu'à la racine des cheveux. Et pour être bien certain de revenir mouillé, le guide nous a tous fait sauter à l'eau à mi-chemin. Il a aussi proposé de faire chavirer le bateau, mais la majorité s'y est opposé. (Traduction: les gars, sauf Nelson, étaient ben in, les filles plus Nelson avaient pas pentoute le goût.)

Bref, nous sommes revenus au restaurant complètement détrempés. Mais le sourire aux lèvres, on avait eu du fun.

En arrivant, on nous a dit de nous changer rapidement, il fallait marcher environ une heure avant d'atteindre le point où nous allions dormir pour la nuit.

C'était le moment de se séparer de nos amis allemands: ils faisaient la version du trek qui se fait en trois jours, alors que le reste d'entre nous le faisions en quatre jours. Eux, ils se passaient de notre jour 2, qui est principalement une journée de marche. Une voiture est venue les chercher, pour les amener directement à notre point de départ de notre jour 3.

Nous n'étions plus que quatre: Nelson, Ariel, Emma et moi.

Techniquement, Nelson, Ariel et moi voyagions ensemble, mais les deux restaient souvent ensemble, et parlaient taiwanais entre eux. J'en suis donc venue à me lier d'amitié et à me tenir assez souvent avec Emma. Nous potinions sur le fait que Nelson et Ariel semblaient pas mal proches. Nelson est censé avoir une blonde à Taïwan, mais dans nos têtes, on imaginait déjà la scène digne d'un soap opera: la révélation de son amour pour une autre, la rupture, et l'union entre Nelson et Ariel.

Tsé, dans le bois, sans technologie, qu'est-ce que tu veux faire pour passer le temps, à part fantasmer sur la vie amoureuse de tes amis?

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La marche jusqu'à la maison où nous allions dormir a été longue et pénible. Je savais que le sac à dos allait présenter un défi, mais je me disais que, étant quelqu'un qui marche beaucoup, ce serait vivable.

Je n'ai pas pris en compte le fait que j'ai l'habitude de marcher sur des surfaces plates. Là, on grimpait une montagne. J'ai une bonne endurance, mais aucun cardio. Je peux marcher une journée entière, mais quand on commence à monter, je deviens rapidement épuisée, étourdie et à bout de souffle. (Pour ma défense, je ne suis pas habituée à être en altitude comme ça, ça empire la forme physique... mais dans la vie de tous les jours, je suis pas en forme non plus.)

À mi-chemin, le guide nous a pointé une montagne au loin. Il nous a dit que c'était la montagne gravie par les participants au trek Salkantay, celui que je pensais faire initialement. Il nous a expliqué que, dans ce trek, c'est du hiking en pente montante comme ça tout le temps, qu'il faut être en très bonne forme pour le faire, et qu'il faut aussi s'être accoutumé à l'altitude pendant quelques jours avant de commencer.

Et moi j'étais là, en sueur et à bout de souffle, à l'écouter. Et je me disais que j'avais bien fait d'avoir choisi le trek Inca Jungle au lieu de Salkantay.

Salkantay aurait été ma mort.

Quand on est finalement arrivé, je me suis écrasée par terre, et j'ai mis du temps à me lever. Caroline est pas en forme, au cas où vous l'auriez pas compris.

Nous étions hébergés par une famille qui vivait dans les montagnes, au milieu de nulle part. Leur clientèle devait se limiter aux participants de treks comme le nôtre. Tout était très rustique et simple, mais aussi très paisible et convivial. Il faisait noir à notre arrivée, mais nous savions que la vue allait être magnifique, au matin.

On avait un peu de temps avant de souper. J'ai pris une douche, ça m'a réveillée un peu. Les autres se sont étalés sur leur lit en attendant.

Le souper était absolument délicieux. Je voyais souvent “Lomo Saltado” sur les menus de restaurants où j'allais, mais je n'avais jamais essayé. C'est ce qu'on nous a servi, et j'ai pu voir ce que j'avais manqué pendant tout ce temps. Délicieux.

Emma s'est commandé une bière. Elle m'en a donné un peu. Je ne me sentais pas capable de boire toute une bouteille, j'étais un peu trop déshydratée.

On a discuté avec le guide, on a appris à le connaître. Il a demandé à Nelson et Ariel s'ils étaient mariés. Emma et moi on s'est fait des clins d'oeil discrètement, pendant que Nelson et Ariel démentaient la chose avec véhémence. Il a ensuite demandé à Emma et moi si nous étions célibataires. Nous avons confirmé que oui, et c'est alors qu'il nous a enseigné un nouveau terme, qui fait maintenant partie de mon vocabulaire.

Il nous a dit que nous allions avoir plein de “magic friends” au Pérou. Nous avons froncé les sourcils: ça mange quoi en hiver, des magic friends? Il nous a expliqué que c'étaient des amis avec plus d'intimité que la normale. Bref, c'est un synonyme pour “Friends with benefits”, mais ça sonne pas mal mieux de dire “magic friends”.

On a trouvé ça pas mal drôle, et on a adopté l'expression.

Il n'était pas très tard, mais on a vite commencé à cogner des clous. On s'est couché tôt. Tout le monde s'est endormi instantanément.

Tout le monde sauf moi. Étrangement, j'ai eu un peu de mal à m'endormir. J'ai lu un peu, espérant me fatiguer les yeux.

(Et Nelson qui se moquait de moi parce que je traînais un livre dans mon sac. Eh ben voilà, ça a été utile!)

J'ai fini par m'endormir, probablement vers 22h. Une fois endormie, ça a dormi dur. Ça a probablement été un beau concert de ronflements dans notre chambre, mais j'étais inconsciente, je ne saurais vous dire.

À suivre...

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